LE MONDE DANS NOTRE SALLE D’ATTENTE

Regardez vos patients, c’est le monde !
Nous dit en substance Daniel Derivois, un collègue très sensible à la clinique de la mondialité. Je me mets alors à penser à mes patients de ces derniers mois, ceux dont le reflet est resté à l’intérieur de moi et je me dis, qu’effectivement il a raison, la clinique n’a plus de frontières et qu’il est temps de prendre cela en compte, sérieusement avec des concepts adaptés à l’ampleur du monde. Je me souviens alors de Sana, une jeune fille vivant à Mantes La Jolie, élève brillante en terminale scientifique qui, depuis quelques mois,  a des nausées par intermittence et maigrit de manière si importante et rapide qu’elle doit être hospitalisée avec des risques vitaux. Les pédiatres désemparés ne trouvent aucune cause organique à ses symptômes. Rien ne peut plus rentrer dans sa bouche. Elle est née en France de parents maliens, musulmans, peu pratiquants et depuis que ces étranges nausées l’assaillent, elle a décidé de se voiler. Progressivement, on ne voit plus aucune partie de sa peau, juste quelques centimètres de visage. Moins elle mange, plus elle se voile. Elle prie cinq fois par jour et n’a guère de temps pour aller à l’école. Son père est fier de sa conversion même s’il se demande pourquoi elle en fait tant ? Sa mère ne comprend pas pourquoi elle ne profite pas de son adolescence en France pour avoir des amis et s’initier à la séduction. Au-delà des différents regards posés sur elle, elle tente de se cacher dans une éblouissante clarté. Sana aurait pu être dans la salle d’attente mondialisée de Daniel Derivois et dialoguer avec lui.